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L’horreur, à bout de souffle

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Loin de nous est l'époque faste de l'épouvante et du cinéma d'horreur qui aura tant marqué les années 70/80. Mais des questions se posent alors. Le filon est-il réellement épuisé ? Le film de genre est-il toujours vendeur ? Cinézine vous donne quelques éléments de réponse.

Alors oui, j'ai du en faire hurler plus d'un en parlant d'apogée du cinéma d'horreur dans les années 70/80. Je sais que le genre existait depuis longtemps déjà : je connais Nosferatu et ses copains comme je connais la Hammer Film Productions... Mais je ne veux pas parler de choses que je ne maîtrise pas un minimum. C'est donc pourquoi je me limite ici à mes simples connaissances : je ne compte pas prêcher une vérité ultime, mais  tout simplement vous faire part de mon ressenti quant à un genre que j'affectionne particulièrement. Avec mes références, qui j'espère vous plairont !

Les vieux de la vieille

C'est tout bête, mais il arrive un moment où il faut savoir tirer sa révérence avec dignité. Certains créateurs avancent avec leur temps quand d'autres stagnent, forts de leurs succès passés. John Carpenter en est la parfaite illustration. Le grand maître de l'horreur, papa d'Halloween, de The Thing (1) ou encore de New York 1997 est véritablement LE symbole de cette génération de réalisateurs ayant révolutionné les codes du cinéma de genre (Wes Craven et Tobe Hooper, notamment). Jusqu'à leur déclin progressif... Car comment, ô grand comment veux-tu qu'un spectateur passe de The Thing à Ghost of Mars sans mettre en péril sa santé mentale. Ce serait comme passer de Conjuring à Fast & Furious... Oh, wait. On y reviendra. 

Pour d'autres, tout n'est peut-être qu'une question d'esthétique. Le giallo par exemple (film à l'ambiance baroque, très théâtralisée), et le réalisateur italien Dario Argento (Suspiria, Inferno...), fer de lance du mouvement, ne sont tout simplement plus vendeurs. Les œuvres ne répondent plus aux codes cinématographiques contemporains et donc, à la demande du public. Certes, quelques bonhommes tentent de faire survivre, non pas le genre en lui-même, mais cette ambiance si caractéristique, comme Guillermo del Toro avec son tout récent Crimson Peak. Ambiance que l'on peut aussi retrouver, si l'on s'éloigne du genre même de l'épouvante, dans Only God Forgives de Nicolas Winding Refn.

suspiria

Suspiria - Dario Argento (1977)

Espoirs brisés

En effet, vous aurez compris que le spectateur attend aujourd'hui du grand spectacle, qu'on lui en mette plein les yeux. Attention, je parle ici d'une majorité, je sais pertinemment que les attentes sont différentes selon les personnes. Mais force est de constater que l'industrie du blockbuster hollywoodien est en plein essor. Et notamment les films de super-héros.

Car depuis quelques années, et surtout chez Marvel, le tendance est à piquer dans l'assiette des réalisateurs prometteurs de films de genre. Par exemple, saviez-vous que James Gunn, réalisateur du néanmoins fantastique Les Gardiens de la Galaxie (2), a commencé sa carrière comme scénariste à la Troma Entertainment (société de production low cost de films d'horreur de série Z, fondé par Lloyd Kaufman) ? Et que dire de son première long-métrage en tant que réalisateur, Horribilis, est un petit bijou de comédie gore ? Un parcours qui n'est pas sans rappeler celui de nombre de ses prédécesseurs. Même constat pour Scott Derrickson (Hellraiser V, Sinister...) qui est à la tête du projet Docteur Strange, qui sortira courant 2016.

Dans une moindre mesure, évoquons Jon Watts, qui sera à la tête du nouveau reboot de la franchise Spider Man, prévu pour 2017, alors que ce dernier vient tout juste de sortir Clown (3), un film d'horreur plus qu'honorable (et avec Eli Roth dans le rôle titre). Et enfin, je mettrais bien une pièce sur Michael Dougherty, réalisateur de l'excellent hommage à la fête d'Halloween qu'est Trick'r Treat (et de Krampus, bientôt en salles). En effet, le mec était déjà scénariste pour X-Men 2 et compte bien continuer sur cette lancée avec X-Men : Apocalypse, qui sortira l'an prochain. Nul doute qu'il ne faudra pas attendre bien longtemps avant que Marvel ne le passe derrière la caméra...

Alors certes tous ces noms n'étaient sûrement pas promis à devenir les nouveaux maîtres de l'épouvante, mais j'ai d'énormes regrets quant aux deux premiers noms cités... Mais je ne perds pas espoir de les voir tous deux revenir au genre, et surtout James Gunn, que je compare souvent à Sam Raimi pour son côté délicieusement décalé (dans Horribilis comme chez Marvel). Affaire à suivre donc, pour des réalisateurs encore bien jeunes !

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Délivre-nous du mal - Scott Derrickson (2014)

L'amour du risque

Mais bien entendu, je ne vais pas accabler Marvel de tous les maux qui rongent aujourd'hui le cinéma d'horreur. En effet, certains grands espoirs du genre ont eux-même fait le choix de donner un tournant radical à leur carrière.

Comme James Wan, entre autres (bordel, que je hais ce type), qui, même s'il planche actuellement sur la suite de Conjuring : les dossiers Warren, a décidé de mettre de côté sa carrière dans la cinéma de genre... pour s'en aller réaliser Fast & Furious 7. Ce mec avait tout pour devenir un mythe, et certains parlent aujourd'hui d'une éventuelle adaptation de la série MacGyver... Mais dans quel monde vivons-nous ?...

Vous me direz qu'il ne sert à rien de se voiler la face, car le phénomène est loin d'être nouveau : en effet, Peter Jackson est bien passé de Bad Taste au Seigneur des Anneaux, et David Cronenberg de La Mouche à Cosmopolis. Seul Sam Raimi semble rester le cul entre deux chaises. C'est mieux que rien, dira-t-on...

jusqu'en enfer

Jusqu'en enfer - Sam Raimi (2009)

Meurtres en série

D'autres ont, quant à eux, tout simplement disparu de la circulation.

Je pense surtout à Neil Marshall, réalisateur britannique bourré de talent, à qui l'on doit notamment le classique The Descent. Car en effet depuis Doomsday (et je n'ose même pas évoquer Centurion, sorti deux ans plus tard), j'ai un peu l'impression que le bougre lambine : un épisode de Game of Thrones par ci, un épisode de Black Sails par-là et... bah c'est tout. Ok j'abuse, il y a aussi un épisode de Constantine par-ci, et un épisode d'Hannibal par-là. Nous sommes d'accord, le bilan est maigre pour un réalisateur si prometteur.

Mais en coulisses, ce coquin de Neal ne chôme pas : pas moins de trois projets en tête, dont le remake du très bon found footage norvégien The Troll Hunter (4). Or, tout comme The Last Voyage of Demeter et Hellfest, ce film n'existe pour le moment que dans la tête du réalisateur... On va donc croiser fort les doigts, construire des autels et collectionner des canards (vivants), pour que le dieu Cinéma nous offre un jour la chance inestimable (non, je n'ai pas été payé pour écrire ça) de voir naître un de ces trois projets. Et vu que Dieu, c'est quand même un mec vachement sympa, Neil Marshall accouchera peut-être de jumeaux... voire plus si affinités.

Idem pour son camarade british, Christopher Smith, aux abonnés absents depuis 2010. Car entre le très sombre Creep et le mindfuck Triangle, le potentiel était bel et bien présent (Severance et Black Death méritant eux-aussi le coup d'œil) ! Et depuis, me demanderez-vous ? Bah il a fait un film avec un père Noël qui a eu un accident de traîneau. Ouaip. Un accident de traîneau. Je ne sais pas vous, mais je crois que je vais commencer à collectionner des canards plus tôt que prévu...

doomsday

Doomsday - Neil Marshall (2008)

Capitaine abandonné

Bon, respirons un coup. Si tout le monde s'est décidé à quitter le navire, qui reste-t-il à bord ?

De toute évidence, personne ne peut, à l'heure actuelle, daigner se comparer à Rob Zombie. Car, tout en s'accaparant le mythe qu'est Halloween, de John Carpenter (remake sorti en 2007), le réalisateur est parvenu à se forger une glorieuse réputation, notamment grâce à son diptyque La Maison des 1000 morts - The Devil's Rejects. Et même si The Lords of Salem, son dernier film, était plutôt mauvais, je ne compte pas renier cet artiste pour autant, tant son univers complexe m'intrigue.

Derrière vient sans nul doute Eli Roth, promis à une fin d'année 2015 pour le moins faste. Loin d'être le plus doué derrière une caméra, le réalisateur du cradingue Hostel ne s'est jamais éloigné du genre qui l'a consacré en 2002 avec Cabin Fever. Alors c'est certain, il ne révolutionnera jamais le genre, comme le prouvent ses deux récentes productions, Knock Knock &The Green Inferno (5 et 6). Mais son amour pour le cinéma d'horreur me semble sincère, et c'est pourquoi je pense qu'il saura nous rester fidèle.

Et ensuite, bah c'est un peu un peu la loose... Guillermo del Toro nous pond un film d'épouvante tous les 36 du mois et Alexandre Aja s'est tapé l'intégrale des Harry Potter, oubliant peu à peu qu'il était un réalisateur bourré de talent. Et, pompon sur la cerise, nous assistons à la renaissance de M. Night Shyamalan (avec The Visit) ! Si ça ce n'est pas le scénario d'un bon film d'épouvante...

green inferno

The Green Inferno - Eli Roth (2015)

Déjà-vu

Blague à part, il est évident qu'ils ne sont pas seuls. Il existe, derrière eux, tout une flopée de réalisateurs n'attendant qu'à éclore. C'est donc pourquoi je conclus cette revue d'effectif par une liste purement subjective d'artistes ayant le potentiel pour, un jour, se faire reconnaître du grand public. 

David Mitchell, d'abord, qui a littéralement crevé l'écran avec It Follows, hommage vibrant au cinéma de Carpenter. Même si j'attendais encore plus de lui, je suis persuadé que ce réalisateur a encore énormément à nous offrir. Tout comme Leigh Whanell, acolyte de James Wan depuis le premier volet de Saw (7), ayant repris le flambeau de la saga Insidious avec plus ou moins de réussite. J'ose espérer qu'il saura se détacher de cet univers, afin de nous faire part de son propre imaginaire (comme a brillamment su le faire Jennifer Kent avec Mister Babadook, son tout premier long-métrage).

Quant aux projets en cours, j'en retiens trois, en priorité. Notamment, celui d'Andres Muschietti, réalisateur du poétique Mama, qui s'est vu confier le remake de Ça, en lieu et place Cary Fukunaga (créateur bien avisé de la première saison de True Detective). Adam Wingard, auteur de l'honnête "house invasion" You're Next, a été débauché pour le remake (encore) de J'ai rencontré le diable, œuvre issue de cinéma coréen, et accessoirement une de mes préférées. Je suis donc sceptique, mais loin d'être réticent. Tant que le résultat est meilleur que le remake d'Old Boy par Spyke Lee... (je ne prends pas d'énormes risques, haha). Et pour finir, je suivrai de très près le second volet de reboot d'Evil Dead, par le réalisateur uruguayen Fede Alvarez. Car en effet, bien qu'étant un fan invétéré des films de Sam Raimi, j'ai franchement été surpris par la version de 2013, toute aussi efficace que la saga originelle.

De quoi nous faire oublier les années fastes ?... Pas certain, au vu du nombre assez insensé de réadaptations d'œuvres déjà existantes.

deathgasm

Deathgasm - Jason Lei Howden (2015)

Monopoly

En France, je suis un auteur, en Allemagne je suis un faiseur de film, au Royaume-Uni, je suis un réalisateur d’horreur, aux Etats-Unis, je suis un clochard.

Cette citation de John Carpenter ne doit pas nous faire oublier que le cinéma, et tout particulièrement le genre horrifique, est un art difficile. Car comment contenter les spectateurs du monde entier quand leurs exigences sont toutes différentes ?

La boîte de production Blumhouse semble, elle, avoir trouvé le bon filon, celui du found footage et du film de fantômes, et exerce aujourd'hui un monopole quasi dictatorial sur le marché du cinéma de genre. Et tout ceci, à mon plus grand regret semble fonctionner...

C'est donc pourquoi je comprends que certains réalisateurs délaissent le genre de l'horreur pour s'essayer à des choses nouvelles. Les années 70/80 ont vu la naissance de nombreux sous-genres, que ce soit le film de cannibales italien (Cannibal Holocaust), le giallo (Suspiria), le slasher (Freddy, les Griffes de la Nuit) ou encore le survival (Délivrance). Les années 2000, le found footage. Et c'est tout...

Triste sort réservé à un genre qui m'est cher, mais que jamais je ne laisserai tomber. Car même si tous les filons semblent avoir été épuisés, je suis persuadé qu'un jour, nous assisterons à un renouveau du genre. J'attendrai 20 ans s'il le faut. Mais j'attendrai.

(*) Ces films ont déjà une fiche sur Cinezine ! Jetez-y un œil !

Affiche du film The Thing

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The Thing
  • Date de sortie : 03 Nov. 1982
  • Par : John Carpenter
  • Avec : Kurt Russell, Wilford Brimley, T.K. Carter

Affiche du film Les Gardiens de la Galaxie

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Les Gardiens de la Galaxie
  • Date de sortie : 13 Août 2014
  • Par : James Gunn
  • Avec : Chris Pratt, Zoe Saldana, Bradley Cooper

Affiche du film Clown

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Clown
  • Date de sortie : 02 Mars 2015
  • Par : Jon Watts
  • Avec : Eli Roth, Peter Stormare, Laura Allen

Affiche du film The Troll Hunter

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The Troll Hunter
  • Date de sortie : 27 Juil. 2011
  • Par : André Øvredal
  • Avec : Otto Jespersen, Glenn Erland Tosterud, Johanna Mørck

Affiche du film Knock Knock

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Knock Knock
  • Date de sortie : 23 Sept. 2015
  • Par : Eli Roth
  • Avec : Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas

Affiche du film The Green Inferno

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The Green Inferno
  • Date de sortie : 16 Oct. 2015
  • Par : Eli Roth
  • Avec : Lorenza Izzo, Ariel Levy, Aaron Burns

Affiche du film Saw

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Saw
  • Date de sortie : 16 Mars 2005
  • Par : James Wan
  • Avec : Leigh Whannell, Cary Elwes, Danny Glover

à Propos de Mathieu Huitric

A propos de l'auteur de Cinézine

Je m'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin au monde du cinéma, peu importe son époque, peu importe son genre. C'est pourquoi je tenterai de vous faire redécouvrir les films m'ayant marqués, que ce soit pour un cadrage, un plan, un dialogue, une phrase, un mot.

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