“J'ai dégusté Cinézine avec des fèves au beurre, et un excellent chianti. ”Le Silence des agneaux

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Affiche du film Beasts of No Nation
9.5

Publié le : 28 octobre 2015

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Beasts of No Nation ()

  • Date de sortie : 16 Octobre 2015
  • Durée : 137 min
  • Par : Cary Fukunaga
  • Avec : Idris Elba, Abraham Attah, Richard Pepple
  • Genre(s) : -
  • Nationalité(s) : USA
Résumé : Agu, jeune garçon devenu orphelin d'une guerre civile qu'il ne comprend pas, tente de fuir les combats qui font rage dans son village natal. C'est ainsi qu'il rejoint l'armée du Commandant, un homme aussi charismatique que psychotique qui va le prendre sous son aile. Pour Agu, désormais enfant soldat, c'est le début d'une longue descente aux enfers...

Adaptateur universel

J'attendais ce film mille fois plus que n'importe quel autre. Elba, Fukunaga... tout ça quoi ! Et, ô grand bordel, je n'ai pas été déçu. Beasts of No Nation est le tout premier film produit pour l'écran par le plateforme de streaming Netflix, avec aux commandes le talentueux Cary Fukunaga. Si ce nom ne vous dit rien, allez faire un tour du côté du générique de la première saison de True Detective, et vous comprendrez pourquoi mes espérances étaient si élevées. Cinématographiquement parlant, je ne connaissais le bonhomme que pour son adaptation cinématographique de Jane Eyre, roman de Charlotte Brontë (il n'a pas fait grand chose d'autre non plus). Il reprend donc les mêmes principes avec Beasts of No Nation, roman éponyme d'Uzodinma Iweala. Et autant vous prévenir : cramponnez-vous à votre canapé, ça retourne...

true-detective

True Detective - Cary Fukunaga (2014)

Luther pour la liberté

Bon, les propos et les thèmes abordés dans le film attendront, je suis obligé de commencer en évoquant la performance étourdissante d'Idris Elba, acteur pour moi largement sous-côté. Majoritairement cantonné à des seconds rôles de blockbusters (Pacific Rim, Thor, Prometheus...), le britannique avait pourtant crevé l'écran (le petit, cette fois-ci) dans des séries telles que The Wire ou Luther. Mais ce n'est pas pour autant que sa carrière prit son envol. Il a, certes, récemment interprété le rôle de notre bon vieux Nelson dans Mandela : Un long chemin vers la liberté, mais sans succès apparent.

Jusqu'à Beasts of No Nation. Car rares sont les acteurs sublimant un film par le seul fait de leur présence. Et par rares, j'entends grands.

Idris Elba incarne ici le Commandant, chef de guerre d'une armée rebelle n'aspirant qu'à une chose : devenir général. Grâce à son éloquence, il parvient à former un bataillon majoritairement composé d'enfants soldats, tous voués à sa cause. Un rôle taillé sur mesure pour l'acteur charismatique qu'il est. Alors j'imagine que rentrer dans la peau d'un despote n'est jamais chose aisée (et même foutrement impossible après avoir joué Mandela). Sauf pour cet acteur, qui semble y parvenir avec une troublante facilité. Cette aisance naturelle, on la retrouve chez le personnage qu'il incarne : orateur né et manipulateur astucieux, il modèle son armée à sa guise. Jamais il ne réclamera de ses fils qu'ils se battent pour sa personne : ils doivent le faire pour eux. Et les arguments sont implacables, surtout quand on les expose à gosse de 10-12 ans : "ils sont tué ta famille, rends leur la pareille". C'est ainsi qu'Agu, le petit bonhomme que nous suivons depuis le début, se retrouve happé dans un spirale de violence sans nom. Un cercle vicieux qui le fera retourner à un état quasi primitif. 

J'ai d'ailleurs énormément aimé les trajectoires opposées des deux protagonistes principaux, Agu et le Commandant : descente aux enfers puis renaissance pour l'un, avènement d'un despote puis chute brutale pour l'autre. À noter au passage la prestation remarquable d'Abraham Attah (Agu), touchante de sincérité. En effet, je n'ai que très rarement ressenti autant d'empathie, de pitié (car c'est le mot) pour un personnage de cinéma. 

luther

Idris Elba est Luther (2010-2013)

Photos de vacances

Je n'étonnerai donc personne si je vous dis que c'est un film douloureux, sans concession, qui a mis mes glandes lacrymales à rude épreuve. Certaines scènes pourront paraître très dures, voire difficilement soutenables. Car, comme Cary Fukunaga nous le rappelle subtilement, les conflits africains sont bien différents de tous ces clichés que nous ramènent nos photographes de guerre. Ils ne sont que le reflet partiel d'une vérité. Car plus encore que les combats, ce sont les conditions de vie de ces enfants soldats, qu'elles soient physiques ou mentales, qui choquent : torture psychologique, exécutions sommaires, drogue, abus sexuels et autres joyeusetés... Nous savons pertinemment que toutes les atrocités ne sont pas commises uniquement sur le champ de bataille. Nous le savons. Mais alors, pourquoi ne pas le montrer plus souvent ? Car pas besoin de faire dans le sensationnel pour mobiliser les esprits : Beasts of No Nation est d'une honnêteté sans faille, et c'est largement suffisant. Voire nécessaire.

C'est d'ailleurs par son approche quasi documentaire, un peu à la manière d'un grand reportage, que le film m'a parfois fait penser à La Cité de Dieu, long-métrage brésilien sorti en 2002. Ou bien ce sont peut-être simplement les similitudes thématiques (rapport entre l'enfance & l'adolescence et la drogue & les armes) qui me font faire ce parallèle. Toujours est-il que les (bons) films de ce genre se font rares, et ça me rend tout tristounet... 

citededieu

La Cité de Dieu - Fernando Meirelles (2002)

Entre retenue et furieux accès de violence, Beasts of No Nation est donc mon immense coup de cœur d'une année 2015 cinématographiquement pas folichonne. Il est cependant bien dommage que le contexte ne lui permette pas de bénéficier d'une sortie dans les salles obscures. Car j'ai bien peur que cette œuvre, d'une justesse et d'une puissance infinies, ne récolte pas tous les lauriers qu'elle mérite.

à Propos de Mathieu Huitric

A propos de l'auteur de Cinézine

Je m'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin au monde du cinéma, peu importe son époque, peu importe son genre. C'est pourquoi je tenterai de vous faire redécouvrir les films m'ayant marqués, que ce soit pour un cadrage, un plan, un dialogue, une phrase, un mot.

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